- 1 -  posté le lundi 17 mars 2008 17:25

 





Milly


    Depuis combien de temps étais-je là, à attendre et attendre encore que les médecins ne daignent venir m'informer de l'état de mes proches ? Une heure, deux, trois, peut être. Je n'en savais rien. Ce que je savais, en revanche, c'était combien j'étais terrifiée. Je n'avais jamais ressenti une telle peur de toute ma vie. Je tremblais, non pas de petits mouvements réguliers, mais de grands tremblements qui venaient et repartaient d'un rythme incertain. Je n'arrivais pas à réaliser où j'étais. Toute cette soirée était si affreuse qu'elle ne pouvait pas être réelle. Je pleurais et tremblais sans m'arrêter, et j'attendais, seule.

 



    Personne n'était là pour me soutenir dans une telle épreuve, personne. Même la rencontre spontanée d'une vieille connaissance de collège hypocrite et égoïste m'aurait fait plaisir. Du moment que quelqu'un me soutenait.
    Des cris retentirent dans la salle d'attente où je patientais. Je tournai immédiatement la tête en direction de ces gémissements plaintifs. Une femme enceinte tentait difficilement d'articuler à l'infirmière de l'accueil de l'hôpital que des contractions insoutenables torturaient son ventre d'où un bébé ne tarderait pas à sortir. Malgré mon éternel refus d'avoir un jour des enfants, j'aurais donné n'importe quoi pour être à sa place actuellement, simplement afin d'échapper aux diagnostics des médecins qui me blesseraient probablement très profondément et que j'appréhendais plus que tout.

 

 



    Les larmes ne cessaient pas de s'écouler le long de ma joue, et je ne tentais même plus d'essuyer de sillage humide qu'avaient tracé ces petites gouttes salées. Je fermai les paupières de mes yeux, tentant d'oublier ne serait-ce qu'un bref instant la situation abominable dans laquelle je me trouvais bien malgré moi.
    Des souvenirs me revinrent à l'esprit. Des souvenirs de bonheur intense. C'était ainsi que moi, j'étais le plus heureuse : dans des instants simples et agréables avec les personnes qui comptaient le plus pour moi.

 


 


    Des parties de poker entre amis, des soirées télé dont le film si déprimant et triste parvenait toujours à faire pleurer certains d'entre nous, de mon premier baiser avec l'homme qui partageait actuellement ma vie.
    Mais pour combien de temps ?

 

 

 

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- 2 -  posté le lundi 17 mars 2008 17:27

 



    - Mademoiselle Padwell ? m'appela soudainement une voix.
    J'ouvris les yeux, et me levai précipitamment afin de faire face au médecin qui m'avait adressé la parole. Il affichait sur son visage une expression indescriptible, qui se voulait à la fois réconfortante mais qui, au fond de moi, m'inquiétait. Etait-il venu m'annoncer une mauvaise nouvelle ?
    Les yeux toujours emplis de larmes qui ne cessaient de couler, les membres toujours animés par d'insupportables tremblements, je prononçai une phrase au médecin difficilement compréhensible à cause des sanglots qui faisaient vaciller ma voix :
    - Oui ? Que se... se passe-t-il ?
    Le médecin m'adressa un air désolé, et m'annonça :
    - C'est à propos de Matt Blake...
    Il marqua une courte pause.
    - Nous sommes désolés, nous avons fait tout ce que nous avons pu...

 



    Quelque chose d'extrêmement étrange se produisit : les larmes s'arrêtèrent de couler à la seconde même où le médecin eut prononcé ces quelques mots. J'étais trop choquée, cette fois, ce n'était pas possible. Comment pouvait-il être mort ? Ce n'était qu'un rêve, non, un cauchemar. Il ne pouvait pas être mort. Toute cette histoire n'était pas réelle. J'allais me réveiller, j'allais prendre un petit-déjeuner avec Matt, mon meilleur ami depuis le collège. Il allait bien rire quand j'allais lui raconter mon rêve, oh oui.
    - Mademoiselle, est-ce que ça va aller ?

 



    Je revins à la raison. Je ne rêvais pas, j'étais dans cet hôpital, et Matt venait de quitter ce monde...
    Le sol se déroba sous mes pieds, il n'était plus stable, et quant aux murs, ils tournaient et s'éloignaient de plus en plus de moi. J'entendais des échos de la voix du médecin me demandant si j'allais bien. Quelle question stupide ! Non, je n'allais pas bien ! Je sentais que j'allais m'évanouir, et tant mieux. Un malaise était le seul moyen de fuir cet instant qui s'avérait être le plus insupportable de ma vie.

 



    Le corps chancelant, je me laissai tomber sur le sol, mais malheureusement pour moi, je n'avais pas perdu conscience. Je me redressai alors que le médecin se tenait à mes côtés, répétant toujours cette question « ça va aller ? ».
    Il était trois heures quarante six. A cette heure, beaucoup de personnes étaient couchées en train de faire de beaux rêves. Moi j'étais là. Je vivais la période la plus dure de toute ma vie. J'étais seule. La mort de mon meilleur ami était la première nouvelle de la soirée. Mais malheureusement pas la dernière. Cette soirée ne faisait que commencer...

 

 

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- 3 -  posté le lundi 17 mars 2008 17:28

 



Milly

    - Mais enfin, Milly ! Comment as-tu pu le laisser prendre le volant dans son état ! Hein ? COMMENT AS-TU PU ?
    Les parents de Matt étaient les premiers parents des victimes de l'accident à être arrivés. Les autres habitaient plus loin. J'avais appréhendé le moment où je les apercevrais, déambulant dans les larges couloirs de l'hôpital, sachant pertinemment que j'aurais beaucoup de mal à leur annoncer la mauvaise nouvelle. Mais à présent, je ne voulais plus qu'une chose : les faire disparaître en un simple et furtif claquement de doigts... Sa mère hurlaient contre moi et m'assaillait de reproches qui me blessaient au plus profond de mon être. Elle pleurait à chaudes larmes. Ses paroles blessantes me faisaient totalement culpabiliser.
    - Je croyais pourtant que tu étais une fille responsable, ainsi qu'une bonne influence pour mon fils, ajouta-t-elle, m'enfonçant de plus en plus dans mon mal-être. Tu as vu ce que tu as fait de lui ? Tu as vu ? Tout ça, c'est de ta faute, Milly ! C'est toi la responsable de sa mort ! C'EST TOI !

 



    C'en était trop. Je ne pouvais plus supporter ses hurlements et ses reproches. Tous les mots qu'elle me crachait au visage me faisaient l'effet de coups de couteaux pénétrant dans mon cœur, le détruisant doucement mais sûrement. Je ne pouvais pas en supporter plus. Je criai à mon tour afin de la faire taire :
    - Mais qu'est-ce que vous croyez ? Que je l'ai voulu, c'est ça ? Mais je suis accablée, moi aussi ! J'étais dans cette voiture, figurez-vous ! Mon frère y était aussi ! Mon fiancé était présent ! Et mes meilleurs amis étaient à bord également ! Et je ne sais pas ce qui va leur arriver ! Vous n'êtes pas la seule à souffrir ! Je pourrais très bien perdre les êtres les plus chers à ma vie ! Réalisez ça ! Je ne suis pas la seule responsable ! D'ailleurs, personne n'est responsable ! PERSONNE !

 



    J'avais réussi à clouer le bec de cette pauvre femme. Oui, pauvre femme ! Ne faut-il pas être malade pour dire de telles atrocités dans de telles conditions ?
    Mon instant de gloire ne dura que quelques secondes, car son mari, la père de Matt, qui était aussi choqué par mon blâme que son épouse, prit sa défense en m'accusant :
    - Mais enfin, nous venons de perdre notre fils ! Notre seul et unique fils ! Vous imaginez ce que nous ressentons ? Ma femme a sans doute été un peu blessante, mais c'était justifié ! Son fils vient de mourir !

 

 



    Je ne comptais pas me laisser marcher sur les pieds de la sorte, et ainsi perdre cette joute verbale. J'ajoutai, accompagnant mes mots de gestes emprunts de colère :
    - Oui, mais ce n'est pas pour ça qu'elle doit me rendre responsable de sa mort ! Je n'y suis pour rien ! Et j'ai autant de raisons que votre femme de vous parler sur ce ton ! Je vous rappelle que mes amis, mon frère et mon fiancé sont toujours dans des états très critiques ! Vous savez qu'ils risquent de...

 

 

 

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- 4 -  posté le lundi 17 mars 2008 17:29

 



    - Mademoiselle Padwell ?
    La voix de la doctoresse qui s'occupait de mon frère m'interrompit dans mes paroles. La dernière fois que j'avais entendu « Mademoiselle Padwell », c'était pour apprendre la mort de mon meilleur ami. Cette fois, il s'agissait de mon frère. Je ne savais pas si j'avais réellement envie d'entendre ce que cette femme avait à me dire, tant j'avais peur de ce qui était arrivé à Callum. Je me retournai en sa direction. Son visage était de marbre. Je n'esquissai plus un geste et me tus en attendant qu'elle reprenne.
    - Votre frère vient de se réveiller.

 



    Je n'y croyais pas. Ce n'était pas possible qu'une si bonne nouvelle intervienne dans un tel cauchemar. Pourtant, je n'avais pas rêvé. Le Docteur Carter venait bien de m'annoncer que mon frère avait émergé de son sommeil, si on peut appeler ça comme ça. Mon cœur battait à tout rompre. Mon frère...
    Un frère est une personne avec qui grandir peut certains instants s'avérer être merveilleux, et d'autres jours un vrai cauchemar. Je repensai à toutes ces querelles qui nous avaient opposés, à tous ces moments où je disais le détester, à présent, tout cela n'avait plus d'importance. J'avais cru le perdre, mais il était en vie.

 



    - Je... je peux le voir ? adressai-je au docteur d'une sonorité si basse qu'elle était presque imperceptible.
    - Suivez-moi, me répondit-elle en se retournant avant de s'engager vers la chambre de Callum.
    Je lui emboîtai le pas.

 



    Nous arrivâmes devant la porte de la chambre d'hôpital de mon frère. Au lieu de pénétrer à l'intérieur, la doctoresse se retourna vers moi avant de m'adresser quelques mots à voix basse.
    - Je dois cependant vous mettre au courant de quelque chose. Votre frère ne peut pas se lever. Il est incapable de bouger ses jambes.
    - Est-ce qu'il est...
    - Partiellement paralysé ? Oui, acheva-t-elle pour moi.

 

 

 

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- 5 -  posté le lundi 17 mars 2008 17:30

 

 

 


    Oh non, quelle horreur. Mon frère avait perdu l'usage de ses jambes... Mais était-ce définitif ?
    La doctoresse sembla lire dans mes pensées puisqu'elle ajouta :
    - Il est cependant fort probable que votre frère recouvre l'usage de ces deux membres d'ici quelques temps. Lorsque son état se sera amélioré, il sera bon pour lui d'aller à des séances de rééducation afin de pouvoir remarcher. Mais évidemment, d'ici-là, votre frère sera contraint de se déplacer en fauteuil roulant.

 



    J'encaissais toutes les informations de la doctoresse sans l'interrompre. C'était déjà mieux. Mon frère avait visiblement pas mal de chances de marcher à nouveau un jour. Je n'attendis pas plus longtemps avant d'aller le voir. Je remerciai la doctoresse, et entrai dans la pièce.

 

 

 

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