
Miranda
Je garai la voiture devant le logement de ma
fille, qu'elle partageait avec son fiancé Samuel.
Selon moi, Milly n'avait pas compris pourquoi
exactement j'avais insisté pour que nous passions cette
soirée toutes les deux, seules. Nous n'avions jamais
réellement eu de véritable relation
mère-fille. Je me devais de reconnaître que j'avais
plusieurs fois été infecte avec elle. Je ne me
rendais pas compte du mal que je lui faisais. Je ne savais pas
pourquoi tout au long de son innoncente existence je m'étais
comportée de la sorte avec elle. Depuis toujours je trouvais
le moyen de lui faire comprendre qu'elle m'agaçait, qu'elle
était de trop. Elle avait toujours blâmé que
son frère Callum était mon
préféré. Elle n'avait peut être pas eu
tort. A une époque, je crois que ce que j'éprouvais
pour elle était tout sauf un amour sain. Je pense que le
fait qu'elle avait été un accident a joué
énormément dans ma conduite, qui, je m'en rendais
compte aujourd'hui, ne serait propablement jamais pardonnable. Mais
elle et moi savions qu'il y avait une raison toute autre
derrière tout cela. Elle connaissait mon secret. Et surtout,
elle s'en était toujours servi contre moi depuis l'âge
où elle eut le courage de combattre avec moi dans cette
joute permanente qui rythmait notre quotidien. Aujourd'hui,
c'était fini, mais je comprenais la rancœur qu'elle
éprouvait à mon égard, et je n'aurais pas
été étonnée si elle m'avait ouvertement
craché au visage combien sa haine envers moi était
incommensurable.

Cette maison, par exemple. J'avais toujours
trouvé le moyen de faire comprendre à ma fille que
cette maison était un mauvais investissement, alors qu'en
réalité je la trouvais très bien située
et décorée. Son fiancé, aussi, Samuel. Quelles
désobligeantes paroles avais-je osé énoncer
sur ce jeune homme que je trouvais en réalité tout
à fait digne de confiance. Je ne réalisais que
maintenant à quel point j'avais détruit et
gâché son enfance. Je me haïssais pour ce que
j'avais fait subir à ma fille. Je me haïssais
probablement encore plus qu'elle me haïssait. Je
n'étais qu'une égoïste, une véritable
vipère. Au lieu de me détruire seule et de ne
gâcher ainsi que ma propre existence, j'avais détruit
la vie d'autrui. La vie de ma fille. Mais comment avais-je pu la
faire tant souffrir ?

J'en étais arrivée à un
point où le simple fait de regarder mon reflet dans la glace
me dégoûtait. A première vue, j'y distinguais
un visage dont les traits si beaux auparavant étaient
aujourd'hui déformés pas le temps. Oui, à
première vue, j'y voyais une femme qui semblait tout
à fait équilibrée. Mais quand je regardais
au-delà de ces traits bien dessinés, j'y
découvrais une femme détruie par son passé,
qui avait tant souffert qu'elle avait déversé et
partagé sa souffrance avec sa fille, sa pauvre fille.
J'avais réussi à transmettre à Milly ma haine
de la vie. Mais heureusement pour elle, j'avais réussi
à m'en sortir, à une époque où elle
était encore suffisamment jeune pour trouver une nouvelle
voie. Une voie qui serait dirigée à l'opposée
de la mienne. Milly avait emprunté un chemin de
manière à me croiser dans sa vie le moins souvent
possible.

Parfois, souvent, quand j'étais seule
devant la glace de ma salle de bains, je pleurais. Je pleurais tant
que j'étais toujours surprise de constater que mon stock de
larmes n'était pas épuisé. Et parfois,
même, il m'arrivait de me diriger vers les médicaments
rangés avec soin dans le placard mural, ou encore vers le
rasoir. Je n'avais jamais trouvé le courage de passer
à l'acte fatal. A cette époque où
j'étais encore prisonnière de ce secret, j'aurais pu
le faire. Mais plus maintenant.



































