- 16 -  posté le lundi 12 mai 2008 20:43

 

 

 

 

    - Mais qu'est-ce que tu as mis dans ton café ? s'égosilla Milly après en avoir goûté la première gorgée.
    - Ben... du sucre, lui répondis-je, amusée par sa question tant la réponse était évidente à mes yeux.
    - Mais tu veux ma mort ? Je ne prends jamais de sucre dans mon café ! me cracha-t-elle au visage comme si j'étais une demeurée totale. Samuel le sait, lui !

 

 

 

 

    Je ne sais pas par quel miracle je parvins à me retenir de lui en flanquer une et de lui lancer « oui, enfin il le savait ». Les derniers mots qui étaient sortis de sa bouche m'avaient totalement scotchée. Mais je me tus, et retournai à la cafetière pour resservir un nouveau café sans sucre pour madame. Je sentais déjà que mes nerfs étaient mis à l'épreuve, mais je parvenais pour le moment à conserver mon attitude habituellement « zen ». Tous ceux de mon entourage le savaient : j'étais dotée d'une douceur et d'un calme hors du commun, mais à la merci d'une soudaine explosion de colère. Si on devait m'identifier à un animal, je suis sûre que ce serait un chat, car comme ces petits mammifères poilus, j'avais un comportement lunatique et surprenant. Comme quand ils vous font des câlins et des ronronnements à n'en plus finir, puis que soudainement ils vous griffent les mains. Les charmantes petites bêtes...


    Le comble, c'était que moi, qui tenais tellement les chats en horreur, allais devoir supporter celui de Milly... Quel pur bonheur j'allais vivre !

 

 

 

 

    Nouvelle tentative ; je servai le second café à Milly. Je l'observai d'un regard calculateur afin de savoir si quelque chose n'allait pas avec cette boisson chaude, mais à ma grande surprise, elle se tut. Enfin.
   Et le silence se réinstalla à nouveau entre nous, laissant mes pensées submerger mon esprit...

 

 

 

 

    Deux semaines auparavant, nous étions allés tous les six à une fête organisée en l'honneur de... en l'honneur de rien, finalement, c'était juste une fête. Vers deux heures du matin, nous étions déjà tous fatigués et... un peu saoûls aussi. Matt avait donc décidé de conduire, car c'était visiblement le plus lucide de nous tous... Et la suite fut terrible. En l'espace d'une seconde, toutes nos vies avaient basculé. Il avait suffit à Matt d'une seule gorgée d'alcool en trop pour que son réflexe de freiner face à une voiture fonçant droit sur la nôtre s'envole.

 

 

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- 17 -  posté le lundi 12 mai 2008 20:55

 


 

 

    Puis tout s'était enclenché d'une manière si furtive... Matt était mort, Callum paralysé, Samuel amnésique et Nia dans le coma. Seuls Milly, Jude et moi étions sortions à peu près intacts de cette catastrophe, mais Nia était vite sortie du coma pour nous rejoindre.

 

 

 

 

    Le plus grave était sans doute le cas de Sam, car à cause de cette amnésie, ses fiançailles avec Milly avaient coulé encore plus rapidement que le Titanic. Inutile de préciser que Milly n'était pas prête de s'en remettre. La date du mariage avait déjà été fixée, et Milly avait même acheté sa robe de mariée et réservé les musiciens pour la fête...

 

 

 

 

    Forcément, une chose en entraînant une autre, Milly fut forcée de venir s'installer chez moi, à la place de Jude, car il était impossible pour tout le monde d'envisager l'idée qu'elle reste vivre avec Sam. Un "échange" avait donc été mis au point entre Milly et Jude.

 

 

 

 

    Je sentais déjà que j'allais regretter la présence de Jude chez moi, car il avait été un colocataire plus qu'exemplaire. Drôle, attentionné et soigneux - je déteste le ménage... Mais je pense que la raison pour laquelle je tenais tant à lui, c'était parce que jamais de toute ma vie je n'avais connu un homme qui possède un plus grand respect des femmes que lui. C'était très important pour moi, compte tenu de mon passé avec la gente masculine... Et, en plus de toutes ces vertus, Jude était quelqu'un de vraiment séduisant, et chaque matin, je me faisais toujours un plaisir d'admirer son magnifique torse nu tout en prenant mes Spécial K...

 

 

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- 18 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:03

 

 

 

    - Je vais aller me reposer un peu dans ma chambre, déclara Milly, brisant ainsi le silence et m'extirpant de mes pensées ô combien philosophiques.
    Puis elle se leva et s'éclipsa dans sa nouvelle chambre dont elle s'empressa de fermer la porte.

 

 

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- 19 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:07

 

Jude

 

 



    Je sonnai à la porte de mon nouveau colocataire, affaires en main. J'étais un peu effrayé à l'idée que j'allais vivre avec un homme qui était pour moi un ami de confiance mais pour qui je n'étais qu'un inconnu. Je ne savais absolument pas comment la vie à ses côtés allait être. Et plus que tout, je redoutais que cet accident ne l'ait complètement et irréversiblement transformé, qu'il ne soit plus le même qu'avant, que ce soudain lavage de cerveau transforme ses goûts, son caractère, sa personnalité...

 

 

 


    La poignée de la porte d'entrée s'abaissa pour offrir l'opportunité à celle-ci de s'ouvrir, et de laisser place au visage de marbre de Sam.
    - Salut, lui lançai-je, un peu gêné. Euh... C'est Jude, je viens emménager...
    - Je t'ai vu avant-hier, je suis capable de te reconnaître et je sais pourquoi t'es là, devant ma porte. Je suis amnésique, Jude, j'ai pas la maladie d'Alzheimer.

    Charmant accueil. J'avais raison, Samuel avait été un peu changé par cet accident... Juste un peu...

 

 

 


    Hannah me manquait... Peut-être parce que cohabiter avec elle était sans doute un million de fois plus agréable qu'avec ce Mr Freeze, mais aussi parce que je l'aimais... Je l'avais probablement toujours aimée, mais il avait été dur pour moi de faire face à cette réalité. Seulement, le destin m'y avait forcé, un jour...

 

 

Flash-back

 

 

 

 


    - Jude, ça te dirais pas de faire un truc de ta journée, pour une fois ? Genre, éteindre la télé, t'habiller, et... pourquoi pas, sortir la poubelle, ça te dis rien ?


    - Non, pas vraiment... Le truc, c'est que, j'adore voir ce tas de détritus trôner dans la poubelle, tu vois, je m'en délecte, vraiment !


    - Bon, allez, éteins la télé et sors la poubelle !


    - Ou sinon ? ...

 

 

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- 20 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:11

 

 

 

 

 

 

    En plongeant ainsi mon regard dans ses yeux pourvus de si magnifiques iris gris, j'avais compris.

 

 

 

 

 


    Je ne lui avais jamais avoué mon amour à son intention, parce que je savais qu'elle ne voyait en moi que son meilleur ami, et je savais qu'en lui avouant la vérité, elle refuserait, et notre amitié serait immanquablement remise en compte. On pourrait croire que j'avais terriblement souffert de vivre ainsi avec elle sans pouvoir l'embrasser, la toucher... Mais c'était faux. Oui, c'était faux, car sans avoir sa réponse, quelque part, j'avais encore une raison d'espérer qu'elle m'aimait aussi. C'est ainsi que fonctionne l'amour. On se berce d'illusions, et, par manque de courage, on n'ose pas affronter la vérité en face, une vérité qui peut s'avérer blessante. Alors on préfère rester dans le silence, et s'aveugler d'amour sans raison... « L'amour a ses raisons que la raison ignore »...

 

 

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