
- Mais qu'est-ce
que tu as mis dans ton café ? s'égosilla Milly
après en avoir goûté la première
gorgée.
- Ben... du sucre, lui répondis-je,
amusée par sa question tant la réponse était
évidente à mes yeux.
- Mais tu veux ma mort ? Je ne prends jamais de
sucre dans mon café ! me cracha-t-elle au visage comme si
j'étais une demeurée totale. Samuel le sait, lui
!

Je ne sais pas par quel miracle je parvins à me retenir de lui en flanquer une et de lui lancer « oui, enfin il le savait ». Les derniers mots qui étaient sortis de sa bouche m'avaient totalement scotchée. Mais je me tus, et retournai à la cafetière pour resservir un nouveau café sans sucre pour madame. Je sentais déjà que mes nerfs étaient mis à l'épreuve, mais je parvenais pour le moment à conserver mon attitude habituellement « zen ». Tous ceux de mon entourage le savaient : j'étais dotée d'une douceur et d'un calme hors du commun, mais à la merci d'une soudaine explosion de colère. Si on devait m'identifier à un animal, je suis sûre que ce serait un chat, car comme ces petits mammifères poilus, j'avais un comportement lunatique et surprenant. Comme quand ils vous font des câlins et des ronronnements à n'en plus finir, puis que soudainement ils vous griffent les mains. Les charmantes petites bêtes...
Le comble, c'était que moi, qui tenais
tellement les chats en horreur, allais devoir supporter celui de
Milly... Quel pur bonheur j'allais vivre !

Nouvelle
tentative ; je servai le second café à Milly. Je
l'observai d'un regard calculateur afin de savoir si quelque chose
n'allait pas avec cette boisson chaude, mais à ma grande
surprise, elle se tut. Enfin.
Et le silence se réinstalla à nouveau
entre nous, laissant mes pensées submerger mon esprit...

Deux semaines auparavant, nous étions allés tous les six à une fête organisée en l'honneur de... en l'honneur de rien, finalement, c'était juste une fête. Vers deux heures du matin, nous étions déjà tous fatigués et... un peu saoûls aussi. Matt avait donc décidé de conduire, car c'était visiblement le plus lucide de nous tous... Et la suite fut terrible. En l'espace d'une seconde, toutes nos vies avaient basculé. Il avait suffit à Matt d'une seule gorgée d'alcool en trop pour que son réflexe de freiner face à une voiture fonçant droit sur la nôtre s'envole.




























