- 21 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:13

 

Nia

 

 

 

 

    Comme à son habitude, la clé fit des caprices lorsque je l'insérai dans la serrure de ma maison. De notre maison. Celle de Callum et moi.

    - Je suis rentrée ! clamai-je à l'intention de Callum.
    Aucune réponse.

 

 

 

 

    Je m'avançai en direction du salon, et sans surprise évidente, je ne vis pas Callum.
    Je savais où il était. Dans le jardin, comme hier, et avant-hier, et les jours précédents. Il y passait ses journées depuis son retour de l'hôpital. Il ne voulait plus sortir et voir du monde, comme il le faisait si souvent avant, alors le seul moyen pour lui de s'aérer un peu et de ne pas étouffer de la solitude de la maison restait le jardin. J'allai l'y rejoindre.

 

 

 

 

    L'ouverture de la porte laissa place à un léger grincement, mais largement perceptible, car à part quelques oiseaux timides dont le chant se faisait rare, rien ne venait troubler le silence de cathédrale qui régnait en ce jardin. Pourtant, Callum n'esquissa aucun mouvement à l'entente de ce bruit un peu gênant. Il savait pertinemment que j'étais là, mais il ne tourna même pas la tête en ma direction.

 

 

 

 

    Cette vision me fit mal. Le voir ainsi, là, sans bouger, des heures et des heures, me faisait mal. Car plus les heures qu'il passait dans ce jardin s'accumulaient, plus je réalisais que Callum perdait totalement le goût de vivre.

 

 

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- 22 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:24

 

 

 

    Je ne cessais pas de lui répéter qu'après quelques mois de rééducation il allait remarcher. Je voulais le persuader de cette réalité, et par la même occasion, je voulais m'en persuader moi-même.
    Car j'avais peur.
    Peur que le situation ne change pas.
    Peur que Callum continue à passer sa vie dans le jardin.
    Peur qu'il soit à jamais prisonnier de cette chaise roulante.

 

 

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- 23 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:26

 

Callum

 

 

 

 

    J'entendis les pas de Nia la guider lentement vers l'intérieur de la maison. Et j'en fus soulagé. Non pas que sa présence me dérangeait, mais je ne voulais pas qu'elle sache.

 

 

 

 

    Je ne voulais pas la blesser...
    Je ne voulais pas qu'elle sache...
    Je ne voulais pas qu'elle me voie pleurer.

 

 

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- 24 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:30

 

Samuel

 

 



    Minuit. Impossible de m'endormir. Jude dormait-il, lui ? Sans doute. Mais qu'est-ce que j'en savais, après tout ? Je ne connaissais plus Jude. Je ne connaissais plus ses habitudes, s'il se couchait tôt ou non. C'était une toute fraîche rencontre pour moi.
    Alors, est-ce qu'il dormait ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Qu'est-ce que je pouvais être bête. Je n'avais qu'à aller vérifier. Et puis, il fallait que je lui parle... C'était impossible autrement.

 

    Je m'extirpai alors de mes draps avec volonté, et me dirigeai vers le salon.

 

 

 


    Jude était là, assis dans un fauteuil près du feu. Il était déjà vêtu de son pyjama. Il semblait totalement absorbé par ses pensées, et captivé par les mouvements des flammes. Le feu de cheminée était le seul éclairage de la pièce. A croire que Jude aimait l'obscurité, car l'intensité lumineuse qu'apportait le feu n'était pas réellement efficace. Voilà une chose que je venais d'apprendre sur lui...

 

 

 


    - Salut, dis-je doucement.
    - Salut, me répondit-il après s'être furtivement retourné en ma direction. Tu dors pas ?
    - Non, en fait, j'y arrive pas...
    - Ah... Bah, t'as qu'à venir t'asseoir avec moi, me proposa-t-il, et on pourra former le club des insomniaques.

 

 

 

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- 25 -  posté le lundi 12 mai 2008 21:33

 

 

 

    Je m'assis dans le fauteuil qui servait de compagnie au sien en guise de réponse.

    Maintenant qu'il avait fait le premier pas, je me devais de le lui emboîter.

    - Euh... commençai-je, hésitant. Je... J'voulais te dire... Désolé, pour tout à l'heure...

 

 

 


    - Non, non, c'est pas grave, me coupa-t-il. Je... Enfin j'veux dire... C'est pas facile pour toi...

    Je lui souris en guise de réponse, ne sachant que dire. Une partie de ma conscience était à présent apaisée, mais malheureusement pour moi, il s'agissait de la partie mineure.

Quelque chose de plus important me titillait encore, et je savais pertinemment que je ne pourrais pas dormir si je n'en parlais pas à Jude.

 

 

 

 


    - Bon, faut que j'te parle, me décidai-je.
    - Je t'écoute, m'encouragea Jude à poursuivre.
   - Voilà... En fait, j'aurais voulu savoir... Bon, c'est un peu con, mais bon, j'aurais voulu savoir... Comment j'étais avant ?

 

 

 

 


    Jude détourna les yeux des miens et alla plonger son regard dans les flammes qui animaient le feu. Il resta ainsi sans rien dire pendant quelques secondes, puis il déclara, sans détacher son regard du feu :
    - T'étais un mec qui aimait s'amuser. Plus que tout, tu voulais t'éclater. Tu comprenais pas pourquoi les hommes d'affaires passaient leur journées coincés dans des bureaux à s'emmerder à faire quelque chose qu'ils n'aimaient pas trois-cent-soixante-quatre jours par an. Tu disais qu'il fallait profiter à fond, que le vie vallait pas la peine d'être vécue sans ça. Tu pensais qu'il fallait faire ce qu'on aime, avec ceux qu'on aime, que la vie était trop courte pour pas profiter. C'était ça, ton état d'esprit.

 

 

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