Hannah

Minuit. Je m'inquiétais pour Milly. Elle
avait toujours été des plus raisonnables, mais dans
de telles circonstances, je ne savais plus de quoi elle
était capable. Et depuis le repas du soir, elle
n'était pas sortie de sa chambre. Dormait-elle ? Sans doute
pas. Allongée là sur mon lit, je ne cherchais
même plus à gagner le sommeil, ne parvenant pas
à chasser ces pensées parasites de ma tête. Je
me dis alors que le seul moyen d'apaiser ma conscience était
d'aller la voir. Mais si je la réveillais ? Non, il fallait
que j'y ailles, au risque de la réveiller.

- Milly, je peux entrer ?
Aucune réponse ne parvenait à mes
oreilles. J'avais beau toquer à sa porte, aucune
réaction. Je savais qu'elle avait le sommeil fragile, et
concluais donc que si elle avait été endormie, elle
serait à présent réveillée depuis
longtemps par mes coups et mes appels.
Je portai donc ma main à la
poignée de sa porte, en espérant que celle-ci ne soit
pas fermée à clé. Par chance, elle ne
l'était pas. Je poussai alors la porte, et mon cœur se
serra. Il faisait noir, seule une la lumière pâle
d'une petite veilleuse éclairait faiblement la chambre -
Jude avait toujours apprécié l'obscurité. Mais
ce faible éclairage ne m'empêcha pas d'identifier
instantanément la tenue vestimentaire de Milly.

Elle portait sa robe de mariée, que nous
avions achetée quelques semaines auparavant avec Nia. Cette
robe était vraiment magnifique, et lui allait
réellement à merveille. Mais la voir la porter
aujourd'hui en ces circonstances était une torture, et si
c'en était une pour moi, je n'osais même pas imaginer
ce que ce devait être pour elle. Cette robe, que nous aimions
tant admirer sur le corps de Milly le jour de son achat, je ne
pouvais à présent plus la voir. Elle était
là, devant sa glace, les bras ballants le long du corps, les
yeux rivés sur son reflet. Et à travers ce reflet, je
pouvais distinguer les yeux rougis sur son visage. Je tenais
tellement à Milly, ça me faisait réellement
mal pour elle. Elle était un des êtres qui
m'étaient les plus chers, à savoir mon frère
et mes amis, puisque je n'avais jamais réellement connu de
figure paternelle et que je méprisais la femme qui me
servait de mère.

- Milly... murmurai-je.
Puis je m'approchai d'elle et la pris dans mes
bras. Aussitôt, je sentis ses bras frêles se refermer
sur mon dos, puis me serrer contre elle, à la recherche de
réconfort. Quelques secondes plus tard, j'entendis des
sanglots. Puis, je sentis que mon épaule était
humide, à cause des larmes de Milly.