
Milly
Depuis combien de temps étais-je
là, à attendre et attendre encore que les
médecins ne daignent venir m'informer de l'état de
mes proches ? Une heure, deux, trois, peut être. Je n'en
savais rien. Ce que je savais, en revanche, c'était combien
j'étais terrifiée. Je n'avais jamais ressenti une
telle peur de toute ma vie. Je tremblais, non pas de petits
mouvements réguliers, mais de grands tremblements qui
venaient et repartaient d'un rythme incertain. Je n'arrivais pas
à réaliser où j'étais. Toute cette
soirée était si affreuse qu'elle ne pouvait pas
être réelle. Je pleurais et tremblais sans
m'arrêter, et j'attendais, seule.

Personne n'était là pour me
soutenir dans une telle épreuve, personne. Même la
rencontre spontanée d'une vieille connaissance de
collège hypocrite et égoïste m'aurait fait
plaisir. Du moment que quelqu'un me soutenait.
Des cris retentirent dans la salle d'attente
où je patientais. Je tournai immédiatement la
tête en direction de ces gémissements plaintifs. Une
femme enceinte tentait difficilement d'articuler à
l'infirmière de l'accueil de l'hôpital que des
contractions insoutenables torturaient son ventre d'où un
bébé ne tarderait pas à sortir. Malgré
mon éternel refus d'avoir un jour des enfants, j'aurais
donné n'importe quoi pour être à sa place
actuellement, simplement afin d'échapper aux diagnostics des
médecins qui me blesseraient probablement très
profondément et que j'appréhendais plus que tout.

Les larmes ne cessaient pas de s'écouler
le long de ma joue, et je ne tentais même plus d'essuyer de
sillage humide qu'avaient tracé ces petites gouttes
salées. Je fermai les paupières de mes yeux, tentant
d'oublier ne serait-ce qu'un bref instant la situation abominable
dans laquelle je me trouvais bien malgré moi.
Des souvenirs me revinrent à l'esprit.
Des souvenirs de bonheur intense. C'était ainsi que moi,
j'étais le plus heureuse : dans des instants simples et
agréables avec les personnes qui comptaient le plus pour
moi.

Des parties de poker entre amis, des
soirées télé dont le film si déprimant
et triste parvenait toujours à faire pleurer certains
d'entre nous, de mon premier baiser avec l'homme qui partageait
actuellement ma vie.
Mais pour combien de temps ?













