
- Mademoiselle Padwell ? m'appela soudainement
une voix.
J'ouvris les yeux, et me levai
précipitamment afin de faire face au médecin qui
m'avait adressé la parole. Il affichait sur son visage une
expression indescriptible, qui se voulait à la fois
réconfortante mais qui, au fond de moi, m'inquiétait.
Etait-il venu m'annoncer une mauvaise nouvelle ?
Les yeux toujours emplis de larmes qui ne
cessaient de couler, les membres toujours animés par
d'insupportables tremblements, je prononçai une phrase au
médecin difficilement compréhensible à cause
des sanglots qui faisaient vaciller ma voix :
- Oui ? Que se... se passe-t-il ?
Le médecin m'adressa un air
désolé, et m'annonça :
- C'est à propos de Matt Blake...
Il marqua une courte pause.
- Nous sommes désolés, nous avons
fait tout ce que nous avons pu...

Quelque chose d'extrêmement étrange
se produisit : les larmes s'arrêtèrent de couler
à la seconde même où le médecin eut
prononcé ces quelques mots. J'étais trop
choquée, cette fois, ce n'était pas possible. Comment
pouvait-il être mort ? Ce n'était qu'un rêve,
non, un cauchemar. Il ne pouvait pas être mort.
Toute cette histoire n'était pas réelle. J'allais me
réveiller, j'allais prendre un petit-déjeuner avec
Matt, mon meilleur ami depuis le collège. Il allait bien
rire quand j'allais lui raconter mon rêve, oh oui.
- Mademoiselle, est-ce que ça va aller
?

Je revins à la raison. Je ne rêvais
pas, j'étais dans cet hôpital, et Matt venait de
quitter ce monde...
Le sol se déroba sous mes pieds, il
n'était plus stable, et quant aux murs, ils tournaient et
s'éloignaient de plus en plus de moi. J'entendais des
échos de la voix du médecin me demandant si j'allais
bien. Quelle question stupide ! Non, je n'allais pas bien ! Je
sentais que j'allais m'évanouir, et tant mieux. Un malaise
était le seul moyen de fuir cet instant qui s'avérait
être le plus insupportable de ma vie.

Le corps chancelant, je me laissai tomber sur le
sol, mais malheureusement pour moi, je n'avais pas perdu
conscience. Je me redressai alors que le médecin se tenait
à mes côtés, répétant toujours
cette question « ça va aller ? ».
Il était trois heures quarante six. A
cette heure, beaucoup de personnes étaient couchées
en train de faire de beaux rêves. Moi j'étais
là. Je vivais la période la plus dure de toute ma
vie. J'étais seule. La mort de mon meilleur ami était
la première nouvelle de la soirée. Mais
malheureusement pas la dernière. Cette soirée ne
faisait que commencer...














