
Milly
- Mais enfin, Milly ! Comment as-tu pu le
laisser prendre le volant dans son état ! Hein ? COMMENT
AS-TU PU ?
Les parents de Matt étaient les premiers
parents des victimes de l'accident à être
arrivés. Les autres habitaient plus loin. J'avais
appréhendé le moment où je les apercevrais,
déambulant dans les larges couloirs de l'hôpital,
sachant pertinemment que j'aurais beaucoup de mal à leur
annoncer la mauvaise nouvelle. Mais à présent, je ne
voulais plus qu'une chose : les faire disparaître en un
simple et furtif claquement de doigts... Sa mère hurlaient
contre moi et m'assaillait de reproches qui me blessaient au plus
profond de mon être. Elle pleurait à chaudes larmes.
Ses paroles blessantes me faisaient totalement culpabiliser.
- Je croyais pourtant que tu étais une
fille responsable, ainsi qu'une bonne influence pour mon fils,
ajouta-t-elle, m'enfonçant de plus en plus dans mon
mal-être. Tu as vu ce que tu as fait de lui ? Tu as vu ? Tout
ça, c'est de ta faute, Milly ! C'est toi la responsable de
sa mort ! C'EST TOI !

C'en était trop. Je ne pouvais plus
supporter ses hurlements et ses reproches. Tous les mots qu'elle me
crachait au visage me faisaient l'effet de coups de couteaux
pénétrant dans mon cœur, le détruisant
doucement mais sûrement. Je ne pouvais pas en supporter plus.
Je criai à mon tour afin de la faire taire :
- Mais qu'est-ce que vous croyez ? Que je l'ai
voulu, c'est ça ? Mais je suis accablée, moi aussi !
J'étais dans cette voiture, figurez-vous ! Mon frère
y était aussi ! Mon fiancé était
présent ! Et mes meilleurs amis étaient à bord
également ! Et je ne sais pas ce qui va leur arriver ! Vous
n'êtes pas la seule à souffrir ! Je pourrais
très bien perdre les êtres les plus chers à ma
vie ! Réalisez ça ! Je ne suis pas la seule
responsable ! D'ailleurs, personne n'est responsable ! PERSONNE
!

J'avais réussi à clouer le bec de
cette pauvre femme. Oui, pauvre femme ! Ne faut-il pas être
malade pour dire de telles atrocités dans de telles
conditions ?
Mon instant de gloire ne dura que quelques
secondes, car son mari, la père de Matt, qui était
aussi choqué par mon blâme que son épouse, prit
sa défense en m'accusant :
- Mais enfin, nous venons de perdre notre fils !
Notre seul et unique fils ! Vous imaginez ce que nous ressentons ?
Ma femme a sans doute été un peu blessante, mais
c'était justifié ! Son fils vient de mourir
!

Je ne comptais pas me laisser marcher sur les
pieds de la sorte, et ainsi perdre cette joute verbale. J'ajoutai,
accompagnant mes mots de gestes emprunts de colère :
- Oui, mais ce n'est pas pour ça qu'elle
doit me rendre responsable de sa mort ! Je n'y suis pour rien ! Et
j'ai autant de raisons que votre femme de vous parler sur ce ton !
Je vous rappelle que mes amis, mon frère et mon
fiancé sont toujours dans des états très
critiques ! Vous savez qu'ils risquent de...













